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Fin de cet événement il y a 2 mois - Date du 6 juillet 2022 au 31 juillet 2022

"Peter von Kant" de François Ozon

Une pièce de Rainer Werner Fassbinder, montée sans succès en 1971 à Frankfort, « Les larmes amères de Petra von Kant  » est devenue l’année suivante un film. Tout se passe dans un appartement où vivent trois femmes : Petra von Kant (Margit Carstensen) une tyrannique styliste en vogue qui tombe amoureuse folle de Karin (Hanna Schygulla, alors toute jeune) et une domestique silencieuse que Petra humilie sans cesse.

François Ozon a toujours été un admiratif inconditionnel du cinéma de Fassbinder, il l’a prouvé maintes fois, et dans « Peter von Kant » il reprend au masculin exactement la même trame du film que celle que le réalisateur allemand avait tourné par le passé avec des femmes.

Le personnage principal, formidablement interprété par Denis Ménochet, est un célèbre cinéaste, Fassbinder lui-même, et le comédien parvient par moments à lui ressembler avec des mimiques et des expressions, mais sans aucun travestissement.
Ce réalisateur de grand talent - mais individu invivable, insupportable - est follement tombé amoureux d’un garçon qui vit avec lui pour profiter de son argent et de ses relations, tout en voulant aussi garder sa liberté. Quand il parle, il ne prend pas de gants : tout est dit de façon crue et explicite. Or, ayant été marié au loin, sa femme arrive et il va aussitôt la rejoindre, ce que ne supporte pas le cinéaste : qu’il l’aime ou pas, il veut le posséder totalement. Tout en gardant sa propre liberté, il veut que ce garçon soit à lui seul et constamment disponible. L’aime-t-il ou veut-il seulement le posséder ?
Dans ce film, il s’agit de soif de possession et de jalousie, mais aussi de l’oppression et de la dépendance à l’autre.
Se sentant abandonné, le cinéaste laisse éclater sa rage d’amoureux fou.

Dans ce registre Denis Ménochet ne se ménage pas : écorché vif, il est étonnant de puissance au paroxysme de ses sentiments, explosif à souhait en exhibant sa dépendance à ce garçon qui ne lui a pourtant jamais donné aucun espoir. Tout en ambiguïté, Khalil Gharbia est ce jeune homme qu’il aime et qui ne veut pas être enfermé dans cette relation unique. Il a besoin d’ouvrir la fenêtre et la porte pour aller voir ailleurs.
Isabelle Adjani, toujours aussi captivante avec sa sensibilité à vif, représente une comédienne en perte de célébrité venue voir le grand réalisateur dans l’espoir de décrocher un rôle dans un hypothétique film et joue la cruelle confidente.
Hanna Schygulla ne pouvait pas ne pas apparaître dans ce film hommage à celui qui l’a lancée. Mais cette fois, avec le temps passé et les rides qui se sont installées, c’est la mère du réalisateur qu’elle interprète avec beaucoup de douceur et de talent.
Comme dans le film de Fassbinder, il y a aussi un domestique et secrétaire (Stefan Crepon) resté de bout en bout silencieux. Souffre-douleur tyrannisé au maximum et ayant assisté à la déchéance de son « maître », il s’en va, gardant toujours son silence obstiné.

Parodie ou hommage, « Peter von Kant », pas toujours agréable à regarder, est cependant un tour de force exceptionnel et un magnifique film, superbement interprété.

Caroline Boudet-Lefort

Sortie en salles ce 6 juillet 2022 / 1h 25min / Comédie dramatique,
De François Ozon
Avec Denis Ménochet, Isabelle Adjani, Khalil Gharbia

Photo de Une (détail) Khalil Gharbia, Denis Ménochet ©Carole Bethuel

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