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Vinylemania !

On l’avait enterré avec le CD. 30 ans plus tard, voilà que la musique ressuscite en 33 tours/min ! Fric frac au musée de cire, marketing vintage, anti-zapping ? Même pas mort le microsillon !

Les grands disques noirs de papa ont deux qualités qui font défaut aux mini disques numériques : Une plus large définition du spectre sonore et un grand format qui permet d’en faire aussi des objets pour esthètes. Deux niçois adeptes du DIY*, Arnaud Maguet et Didier Balducci, continuent de creuser leur sillon dans des galettes de cire…

Bandes originales

Vinyles made in Nice maguet 8 © AM Arnaud Maguet © AM

Né à Toulon en 1975, Arnaud Maguet enseigne depuis 2001 l’édition audiovisuelle à la Villa Arson, tout en exhumant les subcultures par la bande et la bande son dès qu’il le peut. Artiste plasticien, musicologue et praticien de musiques transgenres, en 2000 il crée son label et son studio au Port de Nice : « Les Disques en Rotin Réunis, le meilleur moyen que j’ai trouvé de perdre de l’argent ». Le meilleur moyen aussi de brasser les genres (Krautrock, psychédélique, pop expérimentale, rock, électro) et de réunir plasticiens et musiciens sur un même label ! LDRR fêtera ses 15 ans l’an prochain avec 50 albums au compteur, certains réalisés grâce aux subventions pour des expositions, les siennes ou celles d’autres artistes tel le phocéen Olivier Milagou. C’est d’ailleurs tout le charme du concept : mettre en dialogue deux univers qui se nourrissent, depuis John Cage et Fluxus ou le Velvet underground et le Pop art de Warhol.

Sur les pochettes designées par Arnaud se côtoient stylistes en tous genres. Parmi les proches fidèles, Vincent Epplay, un musicien issu lui aussi des Beaux arts : « Nous avions coproduit avec le Dojo l’un de ses albums puis il réalisa une bande pour une des mes installations à la Villa Arson ». Peaufiné avec le guitariste Fred Bigot (Electronicat), « Musique pour les plantes des dieux » fut ensuite édité par LDRR. Et de ce trio naquit Bader Motor et son « Riviera Krautrock ». Des rencontres naissent des projets encore moins attendus. La « collection amplifiée » est un catalogue sonore revisitant, pour ses 25 ans, le fond du Musée d’art contemporain de Rochechouart, berceau des troubadours. Pour ces chansons de gestes modernes louant les œuvres d’art, dix invités dont Kid Congo (ex Cramps et Gun Club) et Jad Fair, ex « Half japanese » gloire british des eighties.

Mais c’est avec Jean-Luc Verna, artiste et ex-professeur à la Villa Arson, qu’Arnaud trouve la veine en 2000 avec « la méchante dose » : « Jean-Luc lisait des extraits de la série noire sur des sample de free jazz ». Les deux complices forment ensuite « The beauty and the beat », publié chez LDRR qui pressa également « Verna et ses Dum Dum Boys », un groupe niçois culte dont les membres, Didier Balducci et Bratch contribuèrent eux aussi au catalogue.

20th Century boys - Copie de la pochette

Plus récemment avec le trio hyérois Hifiklub, Arnaud a franchi un pas de plus : « Après avoir produit un de leur LP puis intégré le groupe, on s’est lancés dans la réalisation de trois portraits de musiciens américains publiés en coffret DVD et vinyle. Nous avons commencé avec Stevie Moore à Nashville puis enchaîné en Californie avec Alain Johannes, membre des « Queen of the Stone Age ». Cet été, nous irons à New York à la rencontre de Lee Ranaldo, ex Sonic Youth ». Le catalogue devrait également s’enrichir d’une nouvelle bande originale. Arnaud Maguet sera au printemps à la friche de la Belle de mai pour une expo personnelle « Le psychédélisme est-il mort ou vivant ? », avec un vinyle à la clé !

DIY, Didier !

Il créa Mono-tone Records en 2006 pour lancer son album solo (Memphis Electronic). Didier Balducci, âme damnée des oto-rhinos et guitariste des Dum Dum boys, combo niçois en exercice depuis plus de 25 ans, s’explique : « Après avoir sorti notre premier 45T sur un petit label d’un ami à Mougins, nous avons signé avec des maisons de disques parisiennes. Aujourd’hui, nous sommes revenus au fait maison ». « Alive in the écho chamber » est le dernier né du combo mitonné par Didier, qui avait auparavant édité les albums de « Love Machine » et de « NON ! », deux duos avec Carine sa complice.
« Soit tu as un vrai label qui te distribue bien et fait la communication, soit autant tout faire soi-même. Pour le vinyle qui est un marché de niche, c’est la solution la plus rentable. Cela permet de tout contrôler de l’enregistrement à la diffusion via la création des pochettes ». Une recette qu’il vient à nouveau d’appliquer pour sa nouvelle galette partagée avec un artiste d’Outre-Atlantique : « J’ai rencontré l’an dernier Ian Svenonius, chanteur de Chains & the Gang, lors de son concert au Volume. Nous avons décidé de faire un LP ensemble ». Les musiciens de Chain & the Gang étaient sur K Record, avant d’en venir, eux aussi, à publier leurs vinyles. Ian, auteur engagé, a signé un livre manifeste "Supernatural Strategies for Making a Rock ’n’ Roll Group", prônant l’indépendance et l’autarcie face aux majors.

Chez Didier Balducci © AM

« Quand je lui ai dit que je diffusais à 500 exemplaires, il a été surpris. Il n’en publie pas plus aux USA car, si le marché est plus grand, les groupes sont noyés dans la masse et le rock alternatif reste là-bas lié à des chapelles de fans ».

Pour les américains, la France a toujours été un Eldorado. New Rose, le premier label indé parisien avait fait son miel dans les eighties de ces ricains boudés au pays comme Alex Chilton ou Johnny Thunders. Didier et Ian ont échangé des fichiers mais c’est dans l’appartement niçois de Didier que les voix ont été enregistrées. « Les voisins ont été surpris car Ian chante en studio avec la même énergie qu’en live. » L’album XYZ, mixé à Berlin chez Fred Bigot, paraîtra le 19 mars.

Didier Balducci - © AM Didier Balducci © AM

Une dixième référence pour ce label niçois qui diffuse via internet ou chez les bons disquaires de l’hexagone, bientôt d’Espagne. « Je vends presque plus à Lyon qu’à Nice, où nos disques passent régulièrement en écoute chez « Danger House ». Même si Hit et Sonic import font du bon boulot, ce qui manque à Nice depuis que Black ‘n White a fermé, c’est un grand disquaire comme « Danger House » ou Total Heaven à Paris. Un lieu où l’on peut écouter des disques, partager, échanger ».

L’idée est lancée car tant qu’il y aura des passionnés et des amateurs de perles rares, les vinyles auront encore de beaux jours devant eux !

*Do It Yourself

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