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Fin de cet événement dans 3 mois - Date du 5 novembre 2021 au 27 mars 2022

Spoerri au Mamac : Dada en embuscade

Tout un étage du Mamac est actuellement consacré au travail de Daniel Spoerri, artiste reconnaissable grâce à ce qu’il appelle ses "Tableaux pièges". Il fixe l’instant des fins de repas en collant des cendriers plein de mégots et d’assiettes sales, des couverts, des verres et autres tasses à café sur un support qu’il dresse verticalement de manière à ce que le spectateur ait une vue plongeante sur cette suspension du temps, permettant
d’accéder à une vison anthropologique.

Cette exposition ne se résume pas seulement à des scènes de fin de repas. Elle investigue aussi les objets du quotidien les plus triviaux, des étalages de marché aux puces et autres rebuts que nous accumulons dans les tiroirs. C’est une œuvre insolite, provocatrice, déroutante, pleine d’humour et de vie, rattachée au mouvement néo-dada et au nouveau réalisme.

Performances théâtralisées et absurdes

©ML

Avec Spoerri, les procédés habituels de création n’ont plus court : ni crayons, ni pinceaux. Les moyens mis en œuvre sont peu coûteux et totalement originaux. Cela se passait dans les années 60. Autant de facettes inconnues d’un artiste précurseur dans plusieurs domaines.
Champion de la dérision, il détourne les scènes animalières des tapisseries d’Aubusson, par exemple ridiculisant un lion en entourant sa tête d’un arc fluorescent. C’est l’un des premiers créateurs, ensuite suivi par beaucoup d’autres, à réaliser d’absurdes performances théâtralisées. Il va jusqu’à créer des restaurants éphémères qu’il conçoit comme une œuvre In situ, des banquets qui provoquent ravissement et dégoût. C’est ce qu’il appelle le "Eat Art".
Mémorable aussi sa parodie du tableau d’Édouard Manet pour lequel il conçoit une performance intitulée "Le déjeuner sous l’herbe" lors de laquelle il... enterre la table d’un banquet dans une fosse de soixante mètres de long.

Né en Roumanie, de son vrai nom Daniel Isaac Feinstein, il est devenu premier danseur de l’Opéra de Berne, puis metteur en scène, décorateur, mime et acteur de théâtre. Pour ajouter une touche supplémentaire et de la cohérence à ce portrait, il est aussi poète. Daniel Spoerri créa en 1957
"Material", un journal de poésie concrète en collaboration avec Josef Albers, Louis Aragon, puis à Paris les éditions MAT (Multiplication d’Art Transformable) auxquelles ont collaboré Vasarely, Arp, Christo,
Duchamp et son ami Jean Tinguely.

En début de carrière, il mit en scène "La Cantatrice Chauve" d’Eugène Ionesco. Pas étonnant qu’il se sente proche du théâtre de l’absurde et de ses représentants Jean Tardieu et Tristan Tzara !

Jusqu’au 27 mars 2022.

Visuel de Une (détail) DR ML

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