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"Catastrophe and the Power of Art" au Mori Art Muséum de Tokyo

Notre critique d’art et journaliste Alain Amiel rentre d’un séjour au Japon et partage avec nous ses découvertes culturelles et architecturales en plusieurs chroniques ! Après nous avoir présenté Matrix au Teshima Art Museum, il nous propose l’exposition "Catastrophe and the Power of Art" au Mori Art Muséum de Tokyo.

Le Mori Art Muséum de Tokyo se situe au neuvième étage d’une grande tour de cent mètres de haut.

À l’entrée de l’exposition et dans les escalators, de grands panneaux annocent : « War is over » et « Catastrophes and disasters ».

L’exposition traite de la façon dont les artistes ont rendu où rendent compte des catastrophes de notre temps. Très intéressant sujet qui remet en perspective le rôle des artistes dans notre société.

Sont traitées les catastrophes naturelles comme le tremblement de terre du Japon de 2011, qui a traumatisé le pays. Dans ce cas, ce sont surtout ses conséquences qui ont été désastreuses : le tremblement de terre (qui n’a pas beaucoup causé de dégâts matériels) a été suivi d’un tsunami (une vague d’une vingtaine de mètres de haut), ensuite de l’explosion de trois centrales nucléaires à Fukushima. Il y a eu plus de vingt mille morts, des dégâts considérables, des déplacements de populations, etc.
Les artistes japonais ont évoqué ce désastre dans leurs œuvres. Ils ont tenté de traiter visuellement leurs sentiments d’impuissance et de désolation.

Ikeda Manabu

Contre les catastrophes naturelles, on ne peut presque rien.

En revanche, celles dues aux hommes, à la bêtise humaine sont nettement plus meurtrières : la colonisation, les guerres mondiales, leurs conséquences, etc., auraient pu être évitées. Abordées par des artistes européens et Américains, elles ont provoqué de très nombreuses œuvres, de Guernica à celles traitant de la Shoah.

Des catastrophes plus récentes, d’un autre ordre, celles dues à la cupidité des banques qui, jouant au casino mondial de la finance, ont entraîné la crise économique mondiale de 2008 où trois millions d’américains ont été jetés à la rue et où les banques européennes ont salement morflé (on n’est pas à l’abri d’une rechute). Les responsables (politiciens et banquiers) n’ont d’ailleurs jamais été punis et continuent à couler des jours heureux.

Que peuvent les artistes face à ça ? Qu’ont-ils pu faire pour empêcher ces tragédies ?

Probablement rien, ça se saurait... Pas plus que les écrivains, les philosophes, les scientifiques, les hommes de culture n’ont rien pu faire contre l’avidité des politiciens, leur appétit de pouvoir, leurs compromissions, leurs luttes intestines.

Al Wei Wei
Oeuvre de Yoko Ono

Comment exprimer les tragédies du Bataclan ou de Nice ? Comment traiter visuellement de ces sujets ? Les artistes ne peuvent que témoigner après coup, tendre un miroir aux sociétés. Une nouvelle ère s’ouvre (peut-être) pour l’action : aider, comme le fait Al Wei Wei à prendre conscience de l’absurdité de la politique des nations face aux migrants. Plusieurs de ses installations ont un peu fait bouger les lignes. Dans cette exposition, il a réalisé une très grande fresque avec des personnages dessinés à la manière des céramiques grecques. À la place des dieux et des musiciens, on voit des tentes, des gilets de sauvetage, des barbelés et des flics matraquant les exilés. Cela sert-il à quelque chose ? En tous cas, il montre que l’artiste peut et doit agir face à ça.

L’exposition finit sur une note d’espoir. L’art est un outil pour aider à la solidarité, pour lutter contre l’oppression.

Il peut aussi contribuer financièrement à la charité (il le fait déjà un peu), à la reconstruction, à la consolation (« l’art console », disait Van Gogh).
Une exposition qui vient à point pour nous parler de notre temps et du rôle à venir des artistes. Il devrait y en avoir beaucoup plus sur ce thème.

Oeuvre de Georges Rousse

Toutes photos de l’article et de Une DR Alain AMIEL

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