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Misia, Reine de Paris à Anthéa

Tandis que deux admirables musiciennes accompagnent ses mots de leurs talents de pianiste (Hélène Couvert) et de flûtiste (Juliette Hurel), Julie Depardieu raconte la vie de Misia, surnommée par la presse « Reine de Paris » au temps des « années folles ». Elle présida alors aux destinées de l’Art, du goût, et de la mode durant plusieurs décennies. Egérie de Vuillard (amoureux transi qui l’aima profondément,« Misia forever », dit-il), elle a fasciné, inspiré et soutenu des artistes tels que Bonnard, Toulouse-Lautrec, Marie Laurencin, Vallotton, Renoir, Cocteau...

Sans rien créer par elle-même, cette femme éblouissante, qui serait responsable de scandales légendaires, s’impose à l’époque du tournant du siècle où la célébrité est encore uniquement masculine et n’a laissé que son prénom à l’histoire. Haute figure de l’émancipation féminine à l’incroyable séduction et au magnétisme indéniable, elle fut même une véritable « croqueuse d’hommes ».

D’origine polonaise, pianiste de talent et élève de Gabriel Fauré, elle fait aussi autorité dans le domaine musical.

Epouse de Thadée Natanson, le fondateur de la « Revue blanche », puis d’Alfred Edwards, magnat de la presse, et enfin du peintre José Maria Sert, Misia Godebska (1872-1950) ou Misia sera l’amie et la muse de nombreux peintres, musiciens et écrivains. Avec son génie de fuir toute convention et toute mesure, Misia Sert a été célébrée par les plus grands artistes de son temps.

En se basant sur un texte de Baptiste Rossi mis en scène par Stephan Druet, Julie Depardieu, à la fois séduisante et touchante, raconte des anecdotes de la vie de Misia, superbement accompagnées par la pianiste Hélène Couvert et la flûtiste Juliette Hurel.

L’histoire de cette femme dont la vie est un roman est ainsi illustrée par des pages de Ravel, Fauré, Debussy, Poulenc, Satie ou encore Stravinsky, qui furent tous ses amis et ses protégés.

Un spectacle musical donc, tout autant que féminin et féministe, puisque trois femmes raconte la vie d’une femme avant-gardiste et sulfureuse qui a décidé de prendre une place influente dans la société d’alors : une société où les hommes n’octroient pas une place déterminante aux femmes.

Sa mère la mise au monde en 1872 à Saint-Pétersbourg, alors que, de Pologne, elle était venue – par grand froid et enceinte de huit mois - surprendre son mari infidèle. Elle y est morte lors de l’accouchement donnant naissance à Misia qui a su très bien mener sa barque, seule. Elevée à Paris, elle est vite introduite dans le milieu artistique grâce à ses talents de pianiste après des leçons données par Gabriel Fauré. Ainsi Liszt l’admirait-il passionnément. De l’univers musical, elle rejoint vite le monde des peintres et des écrivains. Son deuxième mari lui accorda une telle fortune qu’elle devint mécène de tous ces artistes qu’elle aimait

Intime des cercles artistiques et intellectuels, elle fut ainsi à la fois muse et mécène des plus grands, tels Toulouse-Lautrec, Cocteau, Mallarmé, Fauré, Poulenc, Satie, Ravel, Stravinsky,... Amie de Diaghilev – ils étaient, elle et lui, nés le même jour - elle soutient aussi le lancement des Ballets russes par ses conseils et sa prodigalité... Son nom courrait sur toutes les lèvres à la Belle Epoque : elle était une des plus grandes sources d’inspiration du Tout Paris et Coco Chanel la qualifia de « femme de génie ».

Dans ce spectacle exceptionnel autour de la vie musicale d’une des plus flamboyantes figures de l’émancipation féminine, les trois interprètes, en parfaite harmonie, nous livrent la vie d’une femme s’emparant du droit d’exister par elle-même et nous convient à un concert dédié aux femmes.

Caroline Boudet-Lefort

Une très riche exposition d’oeuvres pour lesquelles Misia fut modèle s’est tenu en 2012, successivement au Musée d’Orsay à Paris et au Musée Bonnard du Cannet.

Photo de Une : Julie Depardieu raconte, Juliette Hurel est à la flûte et Hélène Couvert au piano. Ensemble, elles font revivre Misia Sert, égérie et mécène, sans qui bien des chefs-d’oeuvre du XXe siècle n’auraient jamais vu le jour. DR Eloi Fromanger/Anthéa

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