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Anthéa - « Car/men », une fête pour le regard, sur une mise en scène de Philippe Lafeuille

Comment nommer ce spectacle ? Danse ? Théâtre ? Opéra ? Impossible de le définir. Si Carmen meurt, elle meurt libre, c’est donc surtout de liberté dont il s’agit.

Liberté de ton, certes, et même insolence ! Mais pourquoi pas, quand le talent et l’humour sont là ! Et Philippe Lafeuille est vraiment très talentueux !

Avec une imagination débridée, il ose tout et ça passe, car il sait respecter les limites dans cet ouragan de gags et cette époustouflante tornade d’idées désopilantes.

Avec un incroyable humour toujours présent ! Et le public rit, rit sans cesse, tout en étant éberlué d’aller de surprise en surprise…

Voulant retrouver l’Espagne où il a vécu durant une période de sa vie, ce chorégraphe-metteur en scène a conçu un spectacle où les danseurs seraient en robes « volantées » à l’espagnole. Tous des hommes ! Que des hommes ! Et il a choisi la musique de Carmen, puisqu’il y a « men  » dans Carmen et que chacun connaît les airs de cet Opéra le plus joué au monde.

Avec un torero sur pointes et une Carmen barbue, mais aux gestes de séduction et de provocation pour des gags percutants : les interprètes s’en donnent à cœur-joie, toujours avec talent !

Certes, ils savent parfaitement danser en imitant les déhanchements féminins avec une délicate ironie et une liberté de mouvements fantaisistes des plus comiques.
On peut voir un militaire en tutu, un autre qui porte, en guise de bourse sexuelle, des castagnettes qui s’animent en rythme. Et le public rit, rit, rit ! Car le dosage est parfait pour ne jamais atteindre le mauvais goût. Ça passe de gestes de dessin animé à des scènes de séduction ou à l’imitation de l’Opéra de Bizet avec diverses saynètes burlesques sur les airs de « Carmen ». La mise en parallèle est réjouissante !
Antonio Macipe, chanteur, a tout particulièrement enthousiasmé le public avec une voix d’une amplitude étonnante : parfois celle d’un haute-contre et parfois d’une basse totale. Il a travaillé ardemment pour arriver à cette incroyable gymnastique musicale.

Un spectacle qui a séduit le public ! ©Anthéa

Parfois, c’est un ballet où tous ces hommes sont bien assortis dans les costumes et les gestes féminins dans un style d’imitation comique.

Tous dansent l’éternel féminin avec la fluidité des corps de huit danseurs très talentueux.

Ce spectacle farfelu dégage un parfum de tranquille amoralité, où l’humour corrosif est toujours éclaboussé par une douce loufoquerie. Ainsi virtuosité et sensualité fantasques cheminent en toute liberté.

Sur les envolées musicales du célèbre compositeur, les corps se délient avec un naturel déconcertant, parfois pour des symboles tellement énormes que personne n’aurait osé les inventer ! Maxime Doucet et Michel Cavalca l’ont fait avec une forte dose d’humour jusqu’à la caricature, et les gags n’en sont que plus drôles ! Le spectacle procure un plaisir stimulant. Il déborde de bizarrerie et de poésie selon les moments. Une audace radicale bouscule tout dans ce kaléidoscope qui fascine et désoriente joyeusement !

Un « Car/men » drôle et même burlesque ! Une fête pour le regard ! Un pur délice !

Et le public rit aux éclats ! Et danse : à la fin pour vérifier que tous les spectateurs sont bien « carmenisés », Philippe Lafeuille leur demande de chanter en dansant sur place ! Et ça fonctionne … Avant des applaudissements à tout rompre qui durent longtemps !

Caroline Boudet-Lefort

Visuel de Une (détail) ©Anthéa

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