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« Un léger doute » de Stéphane De Groodt : véritable réussite pour cette coproduction d’Anthéa qui part à Paris

On pourrait classer cette pièce « Un léger doute » dans le Théâtre de l’absurde où se sont distingués Ionesco et Samuel Beckett. Un théâtre qui s’oppose au théâtre traditionnel et au théâtre de boulevard. Donc, un théâtre de la dérision plutôt, sans cohérence dans « l’intrigue ».

Un couple a invité un autre couple à dîner et le public assiste à leur conversation sans queue ni tête et les répétitions de phrases vont bon train. Toute communication serait-elle perdue...
Même s’il s’agit de la banalité de la vie, rien n’y est réaliste dans la conversation entre les personnages qui introduisent sans cesse des absurdités dans leur langage, exprimant ainsi la difficulté à s’écouter, à élucider le sens des mots et à l’angoisse de ne pas y parvenir.

Ici c’est le mode comique qui domine et le public s’écroule de rire face à l’apparente absurdité de la vie telle qu’elle est énoncée. Car, il y a de l’absurdité à gogo, avec des dialogues sans queue ni tête et des répétitions incessantes. Certaines scènes semblent se rejouer avec des variantes, comme une absurdité de plus de la vie où tout se répète sans cesse.

L’inventivité de dialogues fort bien aiguisés et de situations absurdes - interprétées avec un humour corrosif - permet aux comédiens d’exceller dans un brillant et subtil numéro d’ensemble.

Grâce à une impeccable mise en scène de Jérémie Lippmann, ils sont tous au diapason et leurs répliques font mouche.
Sur la banalité d’existences sans transcendance, c’est plus qu’un pied de nez potache, grâce à l’inventivité des situations incongrues et des dialogues interprétés avec un humour corrosif. Cette frénésie épingle, avec une irrésistible drôlerie, l’absurde de l’existence et les quiproquos hilarants démantèlent les règles du savoir-vivre.
Dans un laisser-aller progressif, les comédiens incarnent superbement exaspérations, mesquineries et dégoûts suscités peu à peu par la vie commune de chaque couple. Ce n’est pas dit directement, mais c’est ce qui transperce à travers leurs absurdités.

Attablés pour ce dîner entre amis, leur conversation vire en de réjouissants délires verbaux qui frisent l’incohérence et provoquent l’hilarité du public. La dinguerie articule ce délire avec la cocasserie d’une langue familière, grâce à la liberté de ton, à l’originalité inventive et ludique, et à un délirant mélange de situations burlesques jusqu’à l’absurde.

Étonnant, sidérant, époustouflant, ce spectacle laisse le public pantois, totalement subjugué par le talent des acteurs et actrices. Ces super zozos sont tous au diapason et les répliques font mouche en s’enchaînant au quart de tour. Éric Elmosnino bafouille adroitement, Bérangère McNeese est l’impeccable gourde de service, Constance Dollé place avec justesse ses répliques et, bien sûr, Stéphane de Groodt est à l’aise dans ce texte de son cru.

Une véritable réussite pour cette coproduction d’Anthéa qui part aussitôt sur les planches de Paris !

Caroline Boudet-Lefort

Visuel de Une : DR ANTHEA

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