| Retour

Fin de cet événement dans 1 semaine - Date du 16 août 2017 au 31 août 2017

Une femme douce, de Sergei Loznitsa

Une femme douce, de Sergei Loznitsa

Après « My Joy » (2010) et « Dans la brume » (2013), le réalisateur ukrainien Sergei Loznitsa signe une nouvelle lourde charge contre l’inhumanité de la société russe d’hier et d’aujourd’hui en pointant ses tares.

Vaguement inspirée de l’héroïne de « La Douce » une nouvelle de Dostoïevski - déjà adaptée (très différemment) en 1969 par Robert Bresson - le film de Loznitsa raconte le triste périple de l’épouse d’un homme incarcéré, au fin fond du pays, pour un meurtre qu’il n’a pas commis. Impassible et butée, cette « femme douce » cherche par tous les moyens à faire parvenir quelques victuailles à son mari et entreprend de lui apporter elle-même le paquet qu’elle lui avait expédié et qui lui a été retourné. Le film est donc la description des rencontres toujours plus horribles et plus éprouvantes qu’elle fait dans son parcours infernal.

De la nouvelle de Dostoïevski, il ne reste que le caractère soumis et silencieux de cette « femme douce » confrontée à toutes les humiliations et les outrages infligés par des hommes : viol, torture, vulgarité, mépris, haine, menaces, insultes.

Face à l’escalade dans l’invention des épreuves subies, elle se tait, observe, subit, abusée de tous au-delà de la réalité. Ce témoin de l’état catastrophique de la Russie représente l’innocence face à de sordides trafiquants aux arnaques les plus crapoteuses.

Qui aujourd’hui se soucie des innocents ?

Le désespoir de la femme douce, sans cesse humiliée et obstinée à ne rien dire, la rend victime idéale. On lui fout sur la gueule, on l’agresse, on la bat, on la viole...

La femme au regard intense qu’incarne superbement Vasilina Makovtseva (actrice de théâtre, nouvelle venue au cinéma) reste tant recroquevillée sur elle-même et sur son entêtement qu’aucun démon ne semble l’atteindre.

PNG - 275 ko
Copyright droits réservés

Obstinément silencieuse, elle est le témoin inerte, silencieux, de la noirceur implacable d’une Russie cabossée.

L’état policier, le libéralisme mafieux et l’ancienne bureaucratie soviétique se superposent pour devenir un enfer où les démons sont représentés par des acteurs hystérisés et livrés à toutes les outrances pour incarner les caricatures de cet univers totalitaire. L’absurdité kafkaïenne est parfois trop appuyée dans des séquences répétitives à l’allégorie poussive et indigeste qui ne laisse aucune place à l’émotion.
Vers la fin, une très longue scène, entre théâtre burlesque et délire fellinien, réunit en une véritable bacchanale tous les personnages auxquels cette « femme douce » a été confrontée. Cette foule de trognes cauchemardesque signifie-t-elle qu’elle ne reviendra jamais de sa virée sidérante ? Son calvaire, résigné et stupide, serait-il sans espoir de retour ? Mais, tout cela n’est peut-être qu’un mauvais rêve qui voudrait laisser croire que la Russie de Poutine c’est autre chose !

Avec une escalade dans la misère, l’alcoolisme, la violence, la corruption, la mafia, la prostitution, jusqu’à un viol des plus atroces, ce film serait-il le reflet de la Russie d’aujourd’hui ?

Ou le reflet du cinéma de notre époque qui lésine de moins en moins sur l’abject ?
On attendait peut-être trop de ce troisième long-métrage de Sergei Loznitsa qui, certes, réalise un film radical et ambitieux sur la disparition intolérable de l’humain en l’homme. A force d’incompréhension et d’aveuglement, la Russie serait-elle devenue un pays de dingues privés d’âme ? La fameuse âme russe....
Caroline Boudet-Lefort

Date de sortie 16 août 2017 (2h 23min)
De Sergei Loznitsa
Avec Vasilina Makovtseva, Marina Kleshcheva, Lia Akhedzhakova plus
Genre Drame
Nationalités Français, Allemand, Lituanien, Néerlandais

Artiste(s)