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Ronit Elkabetz (1964-2016), hommage.

Ronit Elkabetz (1964-2016), hommage.

Je ne suis pas là pour vous décrire la biographie ou la filmographie de cette immense actrice/ réalisatrice mais au contraire pour vous faire partager mon admiration aussi bien pour son talent que pour son humanité. Je l’ai rencontrée pendant le festival de Cannes de 2009 suite à la projection de « Cendres et sang » de Fanny Ardant à la salle du soixantième et cela m’a confortée dans mon opinion, cette actrice, multilingue était toute en modestie et profondeur.

Tour à tour actrice caméléon et réalisatrice autodidacte, elle n’aimait pas les rôles faciles et penchait souvent pour la défense des femmes de sa communauté surtout pour leurs droits dans une société qui, bien que moderne, ne reconnaissait pas le divorce religieux. Nous le voyons très bien dans la trilogie réalisée avec son frère Shlomi Elkabetz ouverte avec « Prendre femme »(2004) et « Les sept jours » et refermée avec le « Procès de Viviane Amsellem » (2014). Elle était également une femme engagée pour la paix au Proche Orient, au côté de l’actrice Hiam Abbas, autre immense actrice/réalisatrice palestinienne comme le témoigne timidement le film « La visite de la fanfare » (2007) d’Eran Kolirin à l’heure où les négociations pour la paix ont repris entre Israël et la Palestine. Dans ce rôle elle y impose une présence magnifique douloureuse et sensuelle.

Tous les sujets de ses films portaient un message puissant, mais aussi un message de paix ou d’espoir.

Je vous propose de découvrir quelques films qui m’ont marquée, en plus de ceux cités ci-dessus, pas forcément dans un ordre chronologique.

« Mariage tardif  » (2001) de Dover Kosashvili (vu à un Certain regard au Festival de Cannes en 2001) dénonce avec la même fermeté blessée, la survivance du mariage arrangé dans la société israélienne d’aujourd’hui. Ronit Elkabetz y joue Judith, une femme divorcée et désespérée, qui, malgré l’amour fou et « interdit » que lui porte son homme Zaza, est condamnée à la solitude. En effet, la tradition l’emportera sur l’amour.

« Jaffa  » (2009) de Keren Yedaya est une histoire d’amour impossible entre une israélienne et un palestinien ; elle y joue une mère coquette, capricieuse et oisive indifférente au sort de ses enfants ; son rôle n’y est pas majeur mais le film l’est en y dénonçant le racisme.

« Cendres et sang » (2009) de Fanny Ardant, elle y joue une jeune veuve roumaine qui retourne avec ses enfants dans les lieux de ses racines. Elle y découvre un temps arrêté, des guerres familiales et fratricides, mais aussi la vérité sur elle–même.

« Alila » (2003) d’Amos Gitai dont l’action se déroule dans un immeuble où douze personnages y vivent sans vraiment se croiser dans une ville (Tel Aviv) pluriethnique. Le film dénonce l’adultère ou la désertion sans culpabiliser ses personnages ; elle y joue un des douze personnages d’un immeuble qui brouille les pistes de la réalité ; ce film l’a révélée au public international.

Elle a disparu l’année dernière, le 19 avril 2016, nous privant ainsi d’autres chefs d’œuvre du 7ème art et de sa présence sublime et chaleureuse. Elle a été récompensée par de nombreux prix internationaux. Elle restera à jamais une actrice/réalisatrice qui aura marqué son époque.

Photo de Une : DR Felix Kris, Alex Zuta - Eva Kaplun (Transfax Film)

Artiste(s)

Ronit ELKABETZ

Issue d’une famille d’origine marocaine - sa mère est coiffeuse et son père est dans la finance -, Ronit Elkabetz commence par étudier le stylisme. A 25 ans, elle se voit proposer une audition pour Le Prédestiné de Daniel Wachsmann, et décroche le rôle principal alors qu’elle n’a jamais pris de cours de (...)

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