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« Le Malade imaginaire » de Molière – Mise en scène de Michel Didym

S’attaquant pour la première fois à un classique, Michel Didym a choisi l’ultime pièce de Molière « Le Malade imaginaire ». Molière est mort en sortant de scène après avoir joué le personnage. Comédien et auteur dramatique, il était déjà très malade quand il a écrit ce chef d’oeuvre où l’on rit beaucoup.

Malade imaginant souffrir d’une multitude de maux, Argan est prêt à sacrifier sa fille par un mariage, non désiré d’elle, pour avoir sans cesse un médecin à disposition. Ridicule à force de se croire en mauvaise santé, il gobe toutes les balivernes débitées par les médecins qui se pressent auprès de lui... et de son argent.

Le décor est simple : en place d’essentiel, un fauteuil est le trône de sa majesté Argan, cet hypocondriaque se prenant pour le centre du monde. Tout l’équilibre du spectacle semble réglé sur le rythme de son pouls et sur le transit de ses intestins.

Cette ultime oeuvre de Molière est une comédie-ballet des plus hilarante si elle est bien mise en scène telle qu’elle l’est par Michel Didym, resté fidèle à la farce ainsi que l’aimait Molière, sans tirer sur le tragique. Plutôt qu’un égoïste sans remords, Michel Didym montre Argan surtout ridicule dans ses illusoires maladies, et émouvant par son infantilité et finalement sa demande d’amour.

C’est du côté de la farce que Michel Didym joue lui-même cet Argan volubile et agité. Il module avec subtilité son personnage de malade tyrannique.
Sa troupe, pétillante de vie et de mouvement, le suit avec allégresse. Norah Krieff est une énergique Toinette, servante qui aime tirer les ficelles comme elle l’entend, Catherine Matisse joue une dédaigneuse Béline, la cupide seconde épouse d’Argan. Jean-Marie Frin et Bruno Ricci se manifestent plus charlatans que médecins. Jeanne Lepers interprète Angélique, que son père, proche du délire, veut marier au jeune Diafoisrius, alors qu’elle est attirée par un joli galant qui lui déclare son amour sous le nez du malade dans une fameuse scène cocasse. Bref, tous les personnages sont formidablement interprétés par d’excellents comédiens tirant parti des quiproquos et des situations burlesques.

Comme à l’origine de la pièce, une place importante est accordée à la musique de Lully.

Elle augmente ici certaines scènes d’un comique irrésistible, particulièrement dans le ballet final sorte de cérémonie en latin de cuisine où, selon la suggestion de son frère, Argan est censé devenir médecin lui-même. Sans craindre l’excès, les charlatans y sont transformés en sorcières avec chapeaux pointus, turlututu...
Très vite séduit par la proposition de mise en scène et de direction d’acteurs, le public a envie de rire de tout et applaudit à tout rompre ce spectacle drôle, enlevé, enjoué !
Caroline Boudet-Lefort

Pièce jouée au TNN les 17, 18 et 19 oct.

Programmée le DIMANCHE 9 DÉCEMBRE 2018 - 15:00 et 20:00
Palais des Festivals et des Congrés - Théâtre Debussy

Photo de Une DR Eric Didym

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