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Max Charvolen : Décryptage

Max Charvolen : Décryptage

Comment un peintre se trouve face à cinq spécialistes qui tentent à leur manière de décrypter son œuvre…


« Faire profession des choses muettes », comme le disait Nicolas Poussin, n’empêche pas un peintre d’accepter qu’un écrivain ajoute ses mots au silence de son œuvre.

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Max Charvolen et Raphael Monticelli au MAMAC - AC

Dès les années 70, l’écrivain Raphaël Monticelli aborde le travail de Max Charvolen sous l’angle de l’écriture. Pour la revue d’art de littérature et de théorie critique Il Particolare qui lui consacre le cahier n°29, l’écrivain a eu l’idée de questionner un conservateur de musée, un historien de l’art, un préhistorien et un mathématicien sur cette œuvre.
Max Charvolen a besoin de mots pour sa peinture :« ils aident à élargir le sens de mes enjeux ».

Raphaël Monticelli, qui ne désespère pas questionner un jour un géographe, pose une question précise à cinq spécialistes de domaines parfois éloignés de l’art. Le produit de leur réflexion a été publié dans la revue Il Particulare, a fait débat sur la place publique, en l’occurrence dans l’auditorium du MAMAC en présence de nombreux curieux.

Historien de l’art, Jacques Beauffet met l’œuvre en situation au regard de l’art contemporain. Conservatrice de musée, Diana Gray évoque les problèmes posés par la conservation et la présentation de ces objets. Bertrand Roussel et René Lozi s’interrogent sur les relations entre la démarche de Max Charvolen et l’archéologie, pour l’un, et sur la théorie de l’information pour l’autre.
Raphaël Monticelli avoue qu’aucun des spécialistes qu’il a interrogés n’a répondu vraiment à ses questions pourtant précises : « c’est ce qui est intéressant ». Notamment sur le point de la théorie de l’information auquel le mathématicien René Lozi a répondu longuement dans un texte auquel personne n’a compris goutte, étant donné la complexité du sujet.


Max Charvolen questionne la peinture, et pose le principe que le résultat importe dans la mesure où il fait apparaître le processus qui l’a produit.

Elevé sur le double terrain des arts plastiques et de l’architecture, Max Charvolen, qui s’est rendu à Brasilia à l’âge de vingt ans pour rencontrer Oscar Niemeyer avec qui il s’est lié d’amitié, s’est inscrit très tôt dans cette contemporanéité. Il participe à l’histoire de l’art avec les autres membres du groupe 70 (Vivien Isnard, Louis Chacallis, Serge Maccafferri, Martin Miguel), dans le mouvement de la « peinture analytique » dont les noms les plus connus son ceux de Buren, Viallat, Pagès.

Rupture radicale avec les données de l’art, refus de tout pathos et de toute affectivité, ils remettent en cause la notion de tableau de chevalet et intègrent dans leur réflexion les autres disciplines non artistiques notamment les sciences humaines et sociales.
Max Charvolen n’est pas le seul à libérer sa toile du châssis. Il se cherche, manipulations nouvelles : pliage, froissage, découpe, collage, à l’exemple de Fontana et Simon Hantaï. Peu à peu, il oriente ses recherches sous l’angle de l’architecture et de l’objet, adopte sa propre démarche.


Avons-nous conscience des nombreuses possibilités que constitue la mise à plat d’une simple chaise ?

Sans doute pas. Elles sont infinies. Selon Raphaël Monticelli : « nous sommes dans un univers fini impossible à imaginer ». Max Charvolen utilise l’outil informatique de manière inédite, pour passer de la représentation de trois dimensions (volume) à deux dimensions (plat). Cela vaut autant pour les objets que pour les espaces. Selon Raphaël Monticelli « Max renverse la problématique de la Renaissance pour laquelle la question était comment représenter des objets ou des espaces en trois dimensions sur une surface à deux dimensions ».
Alors quand il faut s’attaquer à un élément d’architecture comme par exemple un escalier, ses nombreux angles posant un problème de taille, le travail devient herculéen.

On saisira mieux l’aspect principal du travail de Max Charvolen quand on l’aura vu au travail dans un documentaire qui a été projeté au public et qui a été tourné en 1997, dans une cage d’escalier, puis au musée Fernand Léger où l’œuvre est installée.

On le voit « panser » les plinthes, marches, balustrades, encoignures et murs avec des toiles peintes de couleurs vives, puis on suit le lent et fastidieux arrachage de ces toiles . Le travail procède d’une réflexion préalable, et requiert une bonne forme physique Le peintre est obligé à se colleter à l’œuvre, à entrer dans l’œuvre, à supporter l’œuvre, à porter l’œuvre, à accrocher la peinture imposante, étrange et colorée et se rendre compte que débordant à la fois au sol et au plafond, elle provoque des interrogations nouvelles sur les mises en espace des œuvres d’art dans l’architecture.
Annick Chevalier

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Oeuvre de Max Charvolen (escalier du musée Fernand Léger - AC

Il Particolare 29 (création littéraire, poésie, art théorie critique)
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