ANTIBES
prec suivMusée Peynet : un musée amoureux de Peynet
Avec son trait délicat, qui fait passer des messages avec légèreté et poésie, Peynet était un grand dessinateur de presse. Une carrière occultée par le succès immense de ses « Amoureux », mais que l’on peut découvrir dans son Musée d’Antibes, entouré de nombre de ses illustres confrères.
Né à Paris en 1908, fils de cafetiers auvergnats dans la capitale, Raymond Peynet travaille dans la publicité après une école d’arts appliqués : marié à 22 ans avec sa première « amoureuse » Denise (au nom prédestiné de Damour !), il publie ses premiers dessins dans les quotidiens et magazines aux titres bien oubliés aujourd’hui comme Paysage, Paris Magazine, Le Rire, Scandal, Carrefour, Samedi Soir, mais aussi dans Nice-Matin, France Soir ou Ici Paris. C’est la grande époque de la presse, il existe alors quelques 1500 magazines (contre 300 aujourd’hui !). C’est ainsi que, durant quarante ans, Peynet sera un dessinateur de presse reconnu pour ses dessins « tendres mais pas totalement innocents, pour traiter de l’actualité sérieuse avec grâce ». Touche à tout, Peynet dessine également des affiches pour la publicité (Air France) ou le cinéma (Les Pieds Nickelés), des décors et costumes de théâtre (Courteline, Offenbach), des illustrations de romans (de Musset, Daudet ou Labiche) ou des lithographies.

- Peynet dessinant les Amoureux, 1970 © Adagp, Paris, 2008 Photo Emmanuel Pagnoux D.R.
Et Peynet reçut l’inspiration !
C’est à partir de 1942, dans la ville de Valence, que sa vie va changer : attendant un rendez-vous, assis devant un kiosque à musique, il griffonne pour patienter un « petit violoniste aux cheveux longs qui joue tout seul devant une admiratrice ». Du moins selon la légende car, en réalité, le violoniste joue une « symphonie inachevée » devant un parterre de messieurs qui s’en vont, en leur disant : « vous pouvez partir tranquille, je terminerais tout seul » ! En tout cas, ce sera le prétexte d’une histoire sur deux pages qu’il envoie à Max Favalelli, alors Directeur du journal Ric et Rac – et connu plus tard comme arbitre dans l’émission Des chiffres et des lettres : ce dernier lui trouve un titre - « les amoureux de Peynet » - et la publie. La machine à succès est lancée, et c’est son épouse qui va la conduire d’une main sûre, acceptant de voir décliner « les Amoureux » non seulement dans la presse mais aussi sur de la porcelaine Rosenthal (le fabricant bavarois travaillera avec Peynet durant vingt ans !) et surtout – coup de génie marketing – sous forme de poupées en latex fabriquées par l’entreprise Technigom de Montrouge : jusqu’à 196 modèles fabriqués, six millions de poupées vendues de par le monde - en Allemagne, Italie et surtout, au Japon. Car le Japon est le pays où l’on trouve le plus grand nombre de fans de Peynet : il fut un temps où le voyage de noce chez Peynet était très en vogue chez les Japonais, qui ont par ailleurs érigé une statue en bronze des « amoureux » sur le site d’Hiroshima, comme symbole de l’amour ! Aujourd’hui encore, les visiteurs japonais sont nombreux et fervents, restant longtemps devant chaque dessin : « qu’est-ce qui leur plaît tant ? s’interroge Marc Goujon, le Directeur du musée. La minutie du dessin, la tranquillité zen de l’ambiance ? » Si Raymond Peynet s’est éteint à 90 ans, un 14 janvier 1999 (un mois tout juste avant la Saint-Valentin), ses amoureux lui survivent dans ce beau musée, tandis que le fameux kiosque à musique où il reçut l’inspiration est devenu monument historique.
Peynet amoureux d’Antibes

- Paris, 1956 © Adagp, paris, 2008 Photo D.R.
Parisien, Peynet venait en vacances à Biot, depuis l’après-guerre dans une ancienne tour sarazine, avant d’acheter beaucoup plus tard (en 1976) un appartement à Antibes, dans le quartier de l’Ilette en bord de mer, tout en continuant à dessiner des affiches pour le Festival du bridge ou le Salon des antiquaires de la ville. Devenu ami avec le Maire Pierre Merli, il offrira près de 300 oeuvres à la Ville. Le Conseil Municipal est enthousiaste, le musée bientôt construit : il ouvre ses portes en 1989 sur la place Nationale, reprenant dans son architecture les formes octogonales caractéristiques du célèbre kiosque de Valence. Avec l’arrivée à la Direction de Marc Goujon en 1996, le musée s’ouvre au dessin humoristique de presse. Il possède aujourd’hui un fonds passionnant de dessins de presse, depuis la fin du XIXème siècle avec Isodore Granville ou Caran d’Ache pour l’Assiette au beurre, Daumier et ses caricatures de bourgeois, jusqu’à nos jours, en passant par Sennep (années 30), Poulbot et ses gamins des rues, Sem, caricaturiste mondain ou encore Forain, Serre, Dubout, qui fut un ami de Peynet. Ancien policier de l’Elysée, Marc Goujon, directeur au parcours atypique est un passionné de dessin depuis toujours. Ses idoles sont « Mordillo, un maître de la BD moderne, Piem, Plantu, Jacques Faizant ». Grâce à sa formation d’historien, il peut « passer une heure à parler de l’affaire Dreyfus vue par la presse de l’époque » avec ses visiteurs. Sans avoir la prétention d’être un « vrai conservateur » ce breton a su se faire un carnet d’adresses à toutes épreuves chez les dessinateurs actuels : il les connait tous, et peut leur demander d’envoyer des dessins d’actualité qui seront exposés aussitôt dans le musée : « mais ce n’est pas facile car ils travaillent aujourd’hui tous à la palette graphique. Ils sont obligés souvent de redessiner sur papier pour le musée » ! Il y a là Ricord et ses grandes gueules, Morchoisne et ses caricatures, Sempé, l’auteur du petit Nicolas ou encore Plantu qui est le parrain du musée. Certains se font payer, d’autres ne se font pas prier… Quant à Marc Goujon, qui connait également des dessinateurs en Algérie, en Irak aussi bien qu’en Libye, il rêve à un projet ambitieux : faire du musée un « portail du dessin humoristique du bassin méditerranéen ».
mercredi 2 septembre 2009 , par
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