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Le Musée Fernand Léger, toujours « moderne »

50 années d’une vie d’artiste … Près de 350 oeuvres dont de très célèbres comme la Joconde aux clés, les constructeurs ou le cirque. Sans oublier les mosaïques monumentales qui ornent ses façades : le musée Fernand Léger de Biot, récemment relifté, n’a pas pris une ride. Il faut redécouvrir l’art de Léger, moderne mais figuratif, puissant et efficace, qui s’adresse au plus grand nombre. Un régal…

« Le paysan de l’avant-garde » : c’est ainsi qu’a pu être décrit Fernand Léger, si l’on se fie à son physique robuste qu’il tenait d’un père éleveur et à son franc parler. Né en 1881 en basse Normandie, il échoue à entrer aux beaux-arts de Paris, devient dessinateur chez un architecte pour gagner sa vie, tout en s’orientant vers la peinture. Se posant contre l’Impressionisme, il construit peu à peu une oeuvre très structurée, cubiste d’abord puis unique en son genre, qu’on peut admirer dans son évolution, depuis les débuts en 1905 jusqu’à sa mort en 1955, dans le musée qui lui est consacré à Biot. Bâti par sa veuve Nadia sur une propriété achetée par l’artiste peu avant sa mort, il fut inauguré en 1960.

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Oeuvre extérieure issue d’un projet créé par Fernand Léger en 1953 pour la Triénale de Milan, et repris par Heidi Melano en 1987-1989

Un musée relifté à redécouvrir

Musée Léger à Biot, musée Chagall à Nice et chapelle Picasso à Vallauris : trois musées nationaux pour l’art moderne dans les Alpes maritimes, c’est parait-il exceptionnel en France. Aussi Maurice Fréchuret, nommé à leur tête en juin 2006, a de quoi être satisfait. D’autant plus que deux d’entre eux ont été récemment rénovés, dont le musée Fernand Léger par l’atelier d’architecture de Marc Barani. L’architecte niçois, qui a reçu en février 2009 l’Equerre d’argent (décerné par le groupe Moniteur), a ouvert la façade ouest d’une baie vitrée, pour redonner de la transparence et offrir une vue sur le parc méditerranéen. A la demande de Maurice Fréchuret, il a également ajouté la salle d’expositions temporaires qui manquait, ce qui permet de conserver le premier niveau pour la collection permanente ; au total, 348 peintures, céramiques, gravures, dessins, bronzes, tapisseries. Aussi, depuis sa réouverture en juin 2008, le musée Léger possède désormais, des jardins redessinés par Philippe Déliau, un mobilier d’Eric Benqué et un personnel arborant des tenues signées Chacok. Le visiteur est toujours accueilli par plusieurs mosaïques monumentales sur trois de ses façades : des morceaux de bravoure magnifiques réalisées post mortem par le second mari de Nadia, l’artiste Georges Bauquier. Il lui reste bien d’autres sculptures délicieuses à découvrir dans le parc, dont la merveilleuse « Fleur qui marche ». A l’intérieur, l’oeuvre de l’artiste séparée en deux périodes : de ses débuts, avec par exemple un « portrait de l’oncle » remarquable jusqu’aux années 30 encore cubistes, où il tente de « peindre la vie moderne », et le monde du travail, à la recherche de l’ »Esprit nouveau » cher à Le Corbusier. La deuxième période commence avec sa découverte de l’Amérique, en 1931, les années de guerre qu’il passa à New York puis son retour avec son implication dans le parti communiste : son fameux tableaux « les constructeurs » date de 1950. Et pourtant, comme le note Arnauld Pierre dans son « Fernand Léger », sans jamais avoir voulu « modifier sa peinture pour s’adresser aux ouvriers » : l’artiste doit rester libre … de « produire un art apaisant et intérieur », qui doit être « le repos après le combat ».

Maurice Fréchuret, Directeur des trois Musées du XXème siècle des Alpes-Maritimes

Avec un père « mineur de fond » à St Etienne, Maurice Fréchuret n’avait pas un chemin tout tracé à l’avance. C’est dans les livres, et en « dialoguant », au sens profond du terme, avec un ami de lycée qu’il découvre l’art contemporain. Avec la chance d’être né dans la ville qui abrite « un des plus beaux musées d’Europe », qui s’appelait alors « musée d’art et d’industrie », mais possédait, déjà, une section art contemporain importante. D’où lui vient cette passion si précoce ? Nul ne le sait. Toujours est-il qu’il prend très jeune l’habitude de visiter les ateliers d’artistes de sa région, n’hésitant pas à faire du stop pour aller voir musées et galeries de Lyon ou d’ailleurs. Il organise sa première exposition … à 18 ans, sans aucun moyen, en récupérant de vieux panneaux d’affiches électorales en guise de support ! Bientôt, le voilà inscrit en sociologie à la fac de Grenoble, se faisant livreur de fleurs, colleur d’étiquettes sur des bouteilles de vin, voire animateur socio-culturel le week-end pour financer ses études. Après la sociologie urbaine, il s’oriente vers l’histoire de l’art, et obtient un doctorat grâce à une thèse sur « Charles Maurin, artiste symboliste du 19ème siècle ». Mais c’est en autodidacte qu’il s’intéresse à l’art du XXème siècle, car à l’époque, l’histoire de l’art s’arrête aux Impressionnistes : « J’ai toujours voulu vivre avec mon époque, j’aime l’art vivant ». Sa ténacité sera récompensée : après un épisode dans l’enseignement à l’école des beaux-arts de sa ville natale, il entre dans ce fameux musée d’art moderne, dont il sera le conservateur durant douze ans. Et son incroyable parcours ne s’arrête pas là : il découvre la Côte en 1998, pour prendre la direction du musée Picasso d’Antibes, avant de diriger quatre ans plus tard le très fameux CAPC de Bordeaux et sa collection « très contemporaine ». Pour revenir aujourd’hui « avec joie sur cette terre si fertile pour les arts ». Maurice Fréchuret a publié une importante collection d’ouvrages sur l’Art – le mot et ses formes, la machine à peindre, l’art en cause, l’art médecine … Sans oublier de nombreux articles dont les titres sont, à eux seuls, une réflexion sur l’art : L’impossibilité de peindre, Du vide et du plein, Du rigide au flexible, L’écriture griffée, Le mou et ses formes, La machine à peindre, A l’épreuve de la lumière, Embrasser le mur, Jusqu’à Ecouter ce que dit l’oreiller …

Grande exposition pour l’anniversaire des 50 ans

En 2010, l’anniversaire des 50 ans du musée Léger sera l’occasion d’une grande exposition qui se prépare d’ores et déjà en coulisses. Aux commandes, Arnauld Pierre, historien de l’art et professeur à Paris IV-Sorbonne, qui a choisi l’angle original du « langage du panneau de signalisation ». Titre provisoire : « disques et sémaphores ».
- « Le langage pictural de Fernand Léger, fait d’aplats géométriques, très efficace en termes de communication, est issu de l’esthétique des chemins de fer. Comme s’il avait étudié la signalisation rapide dont on a besoin dans une gare ou un port. » Arnauld Pierre, qui fait partie du comité consultatif du musée Léger, a écrit sur Fernand Léger une monographie de référence (collection Découverte de Gallimard), « peindre la vie moderne ».

samedi 2 janvier 2010 , par Florence Canarelli

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