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Guy Rottier, l’enfance de l’arTchitecture

- Guy Rottier
- 86 ans
- AnarTchitecte
- Inventif sans limites

Petit blouson bleu pétrole sur t-shirt blanc, démarche alerte et oeil malicieux …

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Guy Rottier, un architecte utopiste ?
Photo JCh Dusanter

Quand Guy Rottier descend de sa montagne, on croit voir arriver un jeune homme. Jeune, il l’est resté, l’esprit toujours en éveil, même s’il est aujourd’hui - à 86 ans ! - retiré dans le petit village perché de Belvédère, où il continue à rêver et inventer l’habitat du futur.

Inventif sans limites

« Je suis né en bonne santé. Et puis un jour, chez Le Corbusier je suis tombé malade. C’était la maladie de l’architecture… ». Né en 1922 en Indonésie de parents hollandais, Guy Rottier est lié à la Côte d’Azur pour avoir fait sa scolarité à Grasse. C’est durant ses études aux Beaux-Arts de Paris qu’il eut l’occasion de participer au projet de la Cité Radieuse au sein du cabinet de Le Corbusier : « Depuis, je vois la vie autrement. Car quand on quitte Le Corbusier, on est influencé, on s’y réfère pour construire … et on met ensuite des années à s’en défaire ». Les quelques rares villas que Rottier a signées sur la Côte lui doivent beaucoup, il le reconnait. Mais Guy Rottier préfère l’idée à sa réalisation, même s’il a eu un bureau à Nice dans les années 60 avec son frère François (devenu architecte lui aussi à l’âge de 50 ans). En tout cas, la malchance a toujours été au rendez-vous quand il a été question de construire en vrai : les permis de construire ont été en général refusés, le client décède entre-temps ou le crédit bancaire fait défaut … Guy Rottier le raconte aujourd’hui sans amertume, l’œil rieur : son prototype de cabanon de vacances en bois, réalisé avec Charles Barbéris, le menuisier de Le Corbusier et exposé à la foire de Nice : permis refusé. La maison construite pour Barbéris : laissée dix sept ans à l’abandon. L’usine à café fonctionnant à l’énergie solaire : les trois propriétaires belges, morts l’un après l’autre. Le Théâtre de Verdure étudié pour Aimé Maeght, où le public était sur scène et les musiciens partout : abandonné à la mort de ce dernier. L’hôtel à Peillon, où le restaurant vitré était agrandi par un jeu de miroir grâce à un kaléidoscope : permis accepté au bout de six refus mais c’est le propriétaire qui ne réussit pas à obtenir les crédits.
- Le comble de la malchance est sans doute atteint avec la pharmacie Soulier, qui fut bel et bien construite dans les années 60 à Nice sur l’avenue Jean Médecin : un petit local tout en longueur, avec une porte en aile d’avion, un plafond agrandi par deux disques clignotants formant un kaléidoscope et une enseigne tournante. Elle a été démolie voici quelques années pour être remplacée … par une banque ! Heureusement, Guy Rottier est d’un naturel libertaire : « j’avais une liberté totale de pensée mais les gens ne suivent pas ». C’est pourquoi il choisit « l’architecture buissonnière ».

AnarTchitecte

« Ce qui m’a permis d’inventer, c’est que je ne me rattache pas au passé mais à l’avenir ».

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La maison volante
Guy Rottier

Sa première invention marquante, et son premier succès dans les médias internationaux, sera sa "maison volante" ou du moins à hélice, en forme d’hélicoptère, qui fut exposée au salon des Arts Ménagers de 1964 : plus besoin de permis de construire, ni d’être propriétaire, c’est la maison qui se pose où elle veut. A la suite de quoi il rencontre Michel Ragon, qui l’admet dans son GIAP (groupe international d’architecture prospective) et lui consacrera vingt pages dans son « Histoire mondiale de l’architecture prospective ». C’est à cette époque également qu’il rencontre Bernar Venet et se retrouve mêlé à l’aventure de l’Ecole de Nice. Il connaît déjà César pour l’avoir côtoyé aux Beaux-Arts et participe bientôt aux réunions du groupe à Nice au café Le Félix Faure, où se retrouvent Arman, Gilli, Ben… C’est ainsi qu’il proposa à Arman un projet de maison enterrée qui séduisit le Maître. Sur un terrain en pente douce, Rottier fait creuser pour enterrer la maison « comme un sous-marin ». La pièce principale comporte plusieurs piliers recouverts de miroirs pour agrandir l’espace, et les chambres d’amis sont de petits modules extérieurs qui se transportent grâce à un treuil. L’histoire finira « en catastrophe » suite à l’intervention d’autres architectes. Car Guy Rottier part pour la Syrie, puis au Maroc, où il enseignera l’architecture durant 18 ans.

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Immeuble inhabitable
Guy Rottier

Un statut qui lui permet de poursuivre ses projets novateurs, poétiques, un brin farfelus, pleins de fantaisie mais toujours réfléchis : la maison en forme d’escargot qui s’agrandit à la demande, la maison qui se transporte sur des câbles, la maison en carton qu’on brûle après usage, la maison de terre dont l’extérieur est un jardin, la maison qui roule, la maison éolienne … Et encore le village-autobus, la ville-maison où des capteurs solaires répartissent la lumière où elle est nécessaire…

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La maison jetable en carton
Guy rottier

Il n’est abonné à aucune revue d’architecture pour ne pas être influencé, il trouve ses idées en regardant autour de lui, dans la rue ou à la télévision. La conquête de la lune et l’idée qu’un cosmonaute habite 100% de l’espace, lui inspirera par exemple la maison qui roule, un cylindre habitable reposant sur un peu d’eau.

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Maison Cylindrique
Guy Rottier

Et si au final, il a peu construit, il a participé à ce jour à 130 expositions et ses maquettes voyagent encore, de New York à Taiwan en passant par Paris ou Nice : le FRAC d’Orléans, spécialisé en architecture prospective, en possède 22 et le MAMAC de Nice une, visible dans la salle Ecole de Nice. « Pour moi, tout ce qui est fait pour l’homme est de l’architecture, même un paquebot … Trop souvent, l’urbanisme moderne oublie l’humain ».

Humain, très humain, tel est Guy Rottier, un architecte-artiste qui voudrait humaniser notre futur.

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Les conspiratifs

En savoir plus sur Guy Rottier

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Le pont habitable
Guy Rottier

A lire absolument
- Guy Rottier, ArTchitecte, avec la complicité de Véronique Willemin, aux éditions Alternatives : 126 pages de textes, dialogues, témoignages richement illustrés de dessins, croquis, maquette, BD, photos, qui retracent son parcours et ses rêves (2008, 25 euros).

Photos de tous les portraits de Guy Rottier : JCh Dusanter

lundi 24 août 2009 , par Florence Canarelli

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