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Antti Lovag dans sa Bulle

La route qui mène à Antti Lovag est longue, escarpée, difficile.- "Il ne faut pas emmerder les autres" dit-il pour justifier l’isolement de sa maison, sur les hauteurs encore sauvages de Tourrettes sur Loup.

Une maison ronde expérimentale, qu’il a construite de ses mains au début des années 70, "à partir de l’intérieur, en fonction des besoins humains", la façade n’en étant qu’une résultante : "Je n’ai pas suivi une démarche esthétique : décider du beau et du laid, c’est du fascisme !"

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Vue par une fenêtre de la maison bulle
©FCanarelli

Et de faire visiter sa bulle qui regorge de mille détails créatifs : pas de portes sauf pour les wc, la position des fenêtres réglée en fonction de la vue, des oculus au plafond donnant une lumière zénithale qui ne laisse pas d’ombres, des placards qui tournent (en rond bien sûr), deux trous bien placés servant de marches pour entrer dans le "pelotoir" (une sphère ne contenant qu’un matelas rond où l’on ne tient que couché !) …

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Vue intérieure de la maison bulle
©FCanarelli

Pourquoi cette obsession du rond ?

Quand on lui pose, pour la nième fois, cette question, il trouve, une fois l’agacement passé, quelques excellentes raisons : "Quand j’étais petit en Scandinavie, je jouais à construire des igloos et à les relier entre eux par des couloirs … Et j’ai perdu ma mère à l’âge de six mois". A la recherche de la mère perdue ou hymne à la féminité ?

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Antti Lovag devant sa maison bulle
©FCanarelli

Toujours est-il que ces formes rondes et rassurantes parlent à merveille à l’imagination.

Viscéralement "antti-conformiste"

Viscéralement "antti-conformiste", Antti Lovag n’est pas architecte, il n’en a jamais obtenu le diplôme. Ce qui ne l’a pas empêché d’étudier l’architecture navale, les travaux publics, ni de passer un moment à l’école des Beaux-Arts de Paris et à l’institut d’urbanisme : "j’arrêtais tout dès que je m’ennuyais".De ses études, il ne retient que les leçons d’un seul professeur qui lui a donné "une conscience planétaire et toute liberté de penser, sans s’embêter avec la réglementation".Né en 1920 en Hongrie, d’un père juif russe et d’une mère finlandaise, ayant vécu en Suède puis en France, Antti est un "citoyen du monde apatride" : il affirme ne pas avoir de passeport, et s’avoue plutôt fier d’avoir "traîné partout dans le monde", piloté des avions en rase-motte pendant la guerre, beaucoup voyagé (Turquie, Sardaigne, Grèce, Italie)et baroudé, pratiqué tous les sports dont les plus périlleux. Et même s’il le paie aujourd’hui par diverses douleurs, il ne regrette rien : "je me suis bien amusé. Je n’avais pas des clients mais des complices car je posais mes conditions : ne jamais faire un devis, ni un planning de chantier".

A 87 ans, Antti continue de "dessiner, chercher, améliorer les détails, étudier la circulation et l’éclairage. Le passé ne l’intéresse pas : d’ailleurs, qu’on se le dise, Antti Lovag recherche de nouveau "un aventurier qui accepterait d’investir, un complice qui l’aiderait à réaliser des maisons sur-mesure, à partir de modules que l’on combine à volonté."

Une vie rondement menée

Pionnier en France de l’architecture organique, avec Haüsermann et Chanéac, Antti Lovag expérimente l’autoconstruction dès le débuts des années 60, puis collabore avec Jacques Couëlle pour les Maisons Sculptures de Castellaras et Port-La-Galère à Théoule. Sa rencontre avec l’industriel lyonnais Pierre Bernard, son "complice" et mécène, lui permet de construire sa première maison ronde sur le terrain de ce dernier dans le village de Port La Galère. Puis une seconde, beaucoup plus ambitieuse, sur les hauteurs de Théoule, face à la mer : commencée en 1975, Pierre Bernard n’eut pas le loisir de l’habiter (il est décédé en 1991). Mise en vente par Sothebys en 1989 pour 50 millions de francs, elle a été achetée par Pierre Cardin : le "Palais-bulle" fait désormais partie du patrimoine du 20ème siècle (classement régional). Mieux, la maison du Rouréou de Tourrettes sur Loup, également connue comme "Maison Gaudet", est devenue un Monument Historique depuis janvier 1999 (classement national).

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Vue panoramique depuis la Maison Gaudet
©FCanarelli

Son édification s’est effectuée au fil de trois décennies, puisque la maquette expérimentale date de 1969. C’est l’un des rares exemples de bâtiments contemporains ayant été classés.

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La Maison Gaudet réalisée par Antti Lovag : toute en rondeurs !
©FCanarelli

Sur la Côte d’Azur, Antti Lovag a également signé la Maison des Jeunes Picaud à Cannes, le complexe astronomique du collège Valeri à Nice ou le laboratoire d’interférométrie à l’observatoire astronomique de la Côte d’Azur au plateau de Calerne. Antti Lovag a enseigné l’architecture, donné des conférences et organisé des stages d’autoconstruction.

dimanche 3 août 2008 , par Florence Canarelli

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